Libre et responsable
« Libre et responsable ». Ce fut le slogan d’une campagne politique à laquelle je participai ; comme j’aimerais retrouver aujourd’hui ce thème fédérateur militant !
Il faudrait « pour bien » lui adjoindre une autre dimension, élargissement qui vaut éclaircissement : la Solidarité.
« Être Libre, Responsable et Solidaire ».
« Etre libre », qui renvoi à l’idée conceptuelle du libéralisme, ne fut pas toujours une évidence.
Hegel (Introduction à la philosophie ; cours de Berlin) nous rappelle combien la Grèce classique, comme la République Romaine, en ignorait l’universalité : la liberté est à ceux auxquels le statut social et la classe la confèrent ; la société fonctionne grâce à une classe d’esclaves (classe plus marquée par la privation de la citoyenneté que par celle de la liberté quotidienne).
Elle émerge plus tard, portée par le courant de pensée aux environs du 17° siècle et repose sur une double idée assez simple :
– l’homme, dès lors qu’il est reconnu comme tel, est libre par essence (ou par nature) dans les limites connaissables des contraintes dues aux conditions de son existence (notamment le fait que sa survie repose sur un degré, variable selon le lieu, de nécessaire socialisation) ;
– cette liberté ‘individuelle’ ne vaut que dans les limites qu’impose celle de ses congénères (d’où la célèbre et essentielle formule : « la liberté des uns finit là où commence celle des autres »).
Cela vaut d’emblée une double remarque bien utile ‘pour la suite de l’histoire’ :
– la liberté de l’homme repose sur un paradoxe ; proposition absolue, tautologique, elle se définit pourtant ‘en pratique’ par ses limites, les contraintes qui s’y opposent, c’est-à-dire la ‘non-liberté’, sa négation ;
– la liberté est marquée par son temps (elle est ‘le produit de son époque’), mais surtout, elle est un ‘produit’ occidental, concept auquel l’adhésion est variable de par le monde, notamment parce qu’associé à l’individuel (versus le collectif).
La liberté s’exprime en divers domaines ; celui de la pensée et donc de l’expression (cette liberté d’expression qui me permet d’écrire et de publier ces lignes) ; celui aussi de l’action qui ouvre une suite de droits ‘dérivés’ comme ceux de circuler, d’entreprendre, voire de posséder.
Est facilement associée à cette notion de liberté individuelle celle d’Égalité, comme une suite ou une conséquence ‘logique’, voire même un préalable.
La liberté ne saurait exister si persiste une Inégalité et imposer une inégalité constitue de facto une limitation, une entrave, à la liberté de celui qui la subit.
Notons qu’en l’espèce, il s’agit de l’Égalité des droits, c’est-à-dire du statut reconnu à l’individu dans la société, encore que la question de la capacité matérielle (disposer des moyens) d’être libre se pose, question à laquelle l’idée de justice tente de répondre (liberté de choix et égalité des chances).
Ceci nous entraine aussi vers d’autres considérations conséquentes, notamment (et d’abord) l’attention portée à la Communauté en tant que creuset de la liberté ;
c’est tout à la fois l’intégrité de celle-ci et donc sa préservation, l’appartenance et les devoirs qu’elle impose, et aussi, conséquemment, la place de celui qui est ‘hors communauté’ et les modalités de son intégration éventuelle.
Ceci posé, au-delà du principe, le sujet est d’en connaître le degré d’effectivité tel qu’en offre la pratique que nous lui connaissons au sein de notre communauté.
L’interrogation n’est pas tant celle du principe (Tous les hommes naissent libres et égaux, …(?)) que de l’incidence, le déterminisme, de sa mise en œuvre sur la dynamique collective de notre communauté et par là de sa richesse et du bien-être qu’elle procure.
L’histoire se mondialise ; pénètrent dans notre espace des cultures et modes de vie différents. La liberté fait partie de ces grands principes issus d’un grand courant philosophique qui sont alors remis en perspective et qui apparaissent à la fois ethnocentrés (c’est le syndrome de l’occidentalisme) et possiblement utopiques en regard des réalités auxquelles sont confrontés et qu’interprètent d’autres peuples.
Las, nous ne ferons pas la contre-révolution. Mais nous pouvons collectivement travailler le sujet de notre liberté pour servir une double ambition, celle de son renforcement, comme celle d’une clarification qui vaut prise de conscience et résorption des frustrations.
Cette perspective trouve en fait son origine dans le sentiment qu’à la fois la liberté est trop souvent injustement amputée et qu’elle l’est par une sur-exploitation (une surévaluation) des limites objectives qui s’opposent à un total « laisser-faire ».
Cette mise en perspective est inspiré de la définition de la liberté « par la négative », définition qui tente de dissiper l’utopie d’une émancipation sans contrôle, par l’énumération des limites et des contraintes (la liberté s’arrête …). Il nous faut concrètement réévaluer chacun de ces obstacles identifiés et surtout ouvrir pour chacun d’eux un chantier de restauration de sa juste place.
C’est de cette restauration que j’aimerais entendre parler.
Renonçant par force et raison à l’exhaustivité, je retiens donc quatre perspectives qui, en l’espèce, me paraissent primordiales :
– l’Émancipation, celle qu’autorise l’éducation et qui donne la capacité à la fois de comprendre, d’accepter et de choisir et aussi d’être responsable et conséquent ;
– l’Appartenance, qui à la fois induit et est induite par le contrat social, qui suggère et dessine la communauté que symbolise une langue, un territoire, une loi, … et qui justifie logiquement la défense de son intégrité ;
– le Bien Commun, si souvent évoqué dans les questions environnementales, mais dont on oublie parfois la dimension patrimoniale (cf. ‘l’appartenance’), et par dessus tout la contrainte limitative du droit d’être libre ;
– la Démocratie, cette capacité collective à contribuer aux ‘choix de la cité’ en s’inscrivant dans le cadre d’une logique d’engagement, de délégation et d’obéissance.

